Effets des parcs éoliens sur la santé: le rapport de l'Anses est contrasté

L’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement

et du travail (ANSES) vient de publier un rapport intitulé « Avis et rapport de l'ANSES relatif à l'évaluation des effets sanitaires des basses fréquences sonores et infrasons dus aux parcs éoliens ».

Une brique de plus de 300 pages qui entend faire le point de façon objective sur les débats provoqués par la prolifération des projets éoliens, leurs inconvénients et leur impact sur la santé.

Les inconvénients sanitaires de l'éolien sont confirmés

À priori, l’on pourrait se montrer satisfait d’y lire la reconnaissance explicite du « syndrome éolien » et d’y voir pris en compte l’épineuse question des infrasons. Des résultats d’études scientifiques viennent conforter nos témoignages du bruit, audible ou non, des éoliennes terrestres et leur impact sur la santé (acouphènes, insomnies, vertiges, etc.). Le rapport admet aussi que "Toutes les études épidémiologiques transversales qui ont recherché une association entre l’exposition au bruit des éoliennes et la qualité du sommeil (sauf une) ont montré une relation significative". 

Il cite de nombreuses études, et notamment celle de Nissenbaum & al (2012), qui précise avoir "Observé que les participants [à l’étude] vivant dans une maison située à moins de 1,4 km d’une éolienne rapportent plus souvent un nouveau diagnostic de dépression ou d’anxiété après le démarrage des éoliennes (…) que ceux vivant à plus de 3 km d’une éolienne". 

 

Distance des maisons : une question de taille

Distance min éolienne d'une maison de riverain dans le doubs

Néanmoins, nous déplorons quelques lacunes et imprécisions qui laissent aux industriels une marge certaine pour interpréter à leur avantage certaines mesures d’impact.

Un exemple parmi d’autres : la question de la distance des éoliennes par rapport aux maisons. Le rapport évoque la distance minimale, toujours légale en France, de 500 mètres des habitations les plus proches. Malheureusement, le rapport ne croise pas cette donnée avec la hauteur des mâts! Une occasion rêvée pour les sociétés promotrices de l'éolien de s’asseoir sur l’une des recommandations de l’Académie de Médecine; celle qui préconise une distance minimale des maisons équivalente à 10 fois la taille de l’éolienne, pales comprises. Seules des éoliennes de 50 mètres de hauteur seraient donc admissibles, mais cela n’existe pas – en tout cas pas dans notre région du Doubs.

distance min éolienne des maisons dans le doubs
Distances minimales réglementaires des parcs éoliens par rapport aux maisons des riverains

Toujours sur la question des distances éoliennes/maisons, curieusement, le comparatif international contenu dans le rapport

Du pain bénit pour les sociétés promotrices dans le secteur éolien.

Infrasons dûs aux parcs éoliens: ni sons ni lois

Autres questionnements, relatifs aux mesures acoustiques réalisées par le Cerema sur 3 parcs éoliens .

Le protocole de mesure ne semble pas préciser la durée sur laquelle les mesures ont été enregistrées: sur plusieurs jours, semaines, ou juste ponctuellement ? La durée d’exposition étant un point critique, il est logique de s’interroger. D’autant que le rapport de l'Anses précise ceci : 

  • "Les données d’exposition sonore ainsi récoltées n’ont pas été accompagnées d’un recueil de données de santé des riverains qui aurait pu permettre d’évaluer la corrélation entre exposition aux basses fréquences sonores / infrasons et prévalence d’état de santé. En effet, une telle étude épidémiologique constitue un programme de recherche scientifique à part entière réclamant une forte exigence de qualité, et donc un temps de préparation et de réalisation inconciliable avec le calendrier d’expertise du groupe de travail".  À quoi donc peuvent bien servir ces mesures, si ce n’est précisément pour les confronter aux constats sanitaires ?
  • Les infrasons sont inaudibles, par définition. Pourquoi lit-t-on dans ce rapport que les infrasons sont inférieurs au seuil d’audibilité ? Il ne faut pas être spécialiste pour constater le manque de logique de cette mention…

Nous aurons encore l’occasion de revenir sur ce rapport dans lequel, on peut le constater, il y a à boire et à manger. L'intention de l'ADCA n’est pas de mettre en cause le sérieux des chercheurs qui l’ont réalisé, mais de déceler les éventuelles conclusions ou vices de méthodologie qui nous paraissent contradictoires avec nos propres constats, sur le terrain ou émises par nos chercheurs et scientifiques.

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Commentaires : 2
  • #1

    sophie Collong (mardi, 04 avril 2017 01:01)

    Merci de cette très bonne analyse qui éclaire la lecture de ce rapport.

  • #2

    Hervé TEXIER (mardi, 04 avril 2017 15:32)

    Bonjour
    Nous allons constituer un contre dossier à ce rapport avec les témoignages, des malades de l'éolien, des réactions telles que la votre de critiques scientifiques.
    Nous serions heureux de votre collaboration
    H. Texier, membre de la commission Santé FED
    VP FED